Vous connaissez probablement cette impression que vous donne les films d’horreur, celle que vous n’êtes pas seul, qu’un cagoulé sanguinaire se cache derrière la porte de la salle-de-bain, attend que votre pied dépasse de la couverture pour vous le saisir ; c’est l’impression que laisse le pilot de Durham County. Pour un cocktail de paranoïa, d’anxiété et de divertissement cette série canadienne (anglophone), vous en offre un bon depuis 2007.
Hysteria Lane
Certains se souviennent peut-être du thème principal de Desperate Housewives, du temps où la série ne se contentait pas d’une succession de sketchs sans saveur : à savoir l’hypocrisie entre voisines. Dans une ambiance moins chaleureuse qu’à Wisteria Lane, où les pelouses verdoient toute l’année durant, sous un ciel sans nuages, au Comté de Durham la famille d’en face cache ses secrets dans une atmosphère des plus pesantes avec ce qu’il faut de regards, de dialogues gênants et de terreur surprenante, dans une ville grise et humide, comme morte-vivante.
Le paysage, avec ses lignes haute-tension, son ciel noyé de pluie, n’a rien d’une carte postale, pourtant c’est à Durham County, sa ville natale, que le Détective Mike Sweeney, touché par la mort de son coéquipier, vient à emménager, accompagné de sa femme, traitée pour un cancer du sein, et ses deux filles, l’une adolescente, l’autre plus jeune, constamment masquée d’un visage manga à vous donner des frissons. C’est dès leur installation que l’enquête la plus officieuse s’engage puisque des soupçons naissent chez l’arrivant : et si son voisin d’en face, Ray Prager, était un serial killer ? La psychose peut commencer.
Réunis – autour d’un barbecue, par exemple – chacun se méfie mais ne dit mot ; on croit comprendre des sous-entendus, on pense capter un regard expressif, on s’imagine qu’un simple geste n’est pas anodin sans jamais pouvoir être certain d’avoir discerné la vérité parmi ces faux-semblants – sans aucun doute un travail d’acteur méritant.
And a body, dead, wrapped in plastic.
Dans leur intimité, en parallèle, chacun laisse ses pulsions oeuvrer : le voisin apparaît dément et au calme de l’inquiétude succède la réalité des atrocités qu’il aime commettre – scènes qui mettent en scène des corps morts et agressés mais ne virent pas dans le gore pour autant.
Des moments de répits, vous n’en aurez pas. Quand l’attention ne se porte pas sur les meurtres elle s’attarde au mal être de chacun : du regard de l’entourage sur ce cancer du sein ; des angoisses timides de la petite dernière ; de l’amourette précipitée de cette adolescente ; de la vengeance du Détective sur son coéquipier. Une constellation de soucis qui gravite autour d’un quartier avec homogénéité, bénéficiant d’un traitement réellement captivant, la présence du psychopathe pesant, la paranoïa du spectateur s’infiltrant dans chaque intrigue : et si elle se suicidait, et si elle se faisait tuer, et si c’était un tueur, et si s’en était un lui aussi ?
Durham County a le génie d’empoisonner les sens, le confort du spectateur et la confiance qu’il peut miser en des héros par la simple mais angoissante présence d’un père de famille sanguinaire dont le mal devient commun et la folie facilement contagieuse.
[4/4]


[...] Durham County : Pilot. [...]